OUVREZ LES PORTES

Jean Marc GHITTI – Les Chazes

 « En fin de compte, la maison, qui est un abri, est également un foyer et un langage pour révéler le monde. Elle donne à l’espace sa dynamique ; elle donne au monde  sa visibilité.  Elle sert aussi à introduire l’être humain dans le monde, à l’y inscrire »

 

 

« Un petit chez soi vaut mieux qu’un grand chez les autres »

 

Francis PONGE – Le grenier

Toute maison comporte, entre plafonds et toit, sa nef profane sur la longueur totale de ses pièces. Lorsque l’homme en pousse la porte, la lumière entre avec lui. La vastitude l’en étonne. Quelques pierres noircies au fond signalent les murs de l’âtre.


Allongé sur la poutre de l’A, il poursuit volontiers un songe à la gloire du charpentier. Au défaut de ce firmament brillent cent étoiles de jour. Du fond de la cale aérienne, il écoute les vagues du vent battre les flancs de tuile rose ou ruisseler par le zinc.


A l’intérieur, à peine frémissent quelque hamacs de toiles fine, voilettes pierreuses d’araignées, qui s’enroulent autour du doigt comme autour des visages d’automobilistes jadis aux temps héroïques du sport.


Marc filtré de la pluie aux tuiles, une poudre assez précieuse s’y dépose sur tous objets.


C’est là, loin du sol avide, que l’homme entrepose le grain pour l’usage contraire à germer. Séchez, distinctes et rassies, idées dès lors sans conséquences pour la terre dont vous naquîtes. Permettez plutôt la farine et ses banales statues grises, au sortir du four adorées.

 

Ernest DELÈVE – La Belle journée

NOTRE TOUR

J’ai vu un projet de maison
Beau rêve élancé à l’échelle d’un centième
Tout autour les fenêtres tournoyaient
Enveloppant la tour de tant de lumière
Que du blanc de la page soufflait
L’air pur des hauteurs agité par les ailes
Fenêtres fenêtres cadres qui nous attendent
Points fertiles de l’espace
Où le visage de nos désirs
Vient et nous fait lever la tête
Là-haut j’aurais voulu vivre longtemps sans redescendre
Beau rêve précis on avait tout prévu l’avenir
Était là déjà à chaque étage et j’ai tout vu
Les murs de verre les jardins inattendus
Les terrasses reflétant une carte du ciel
Alcôves où le sommeil était image de survie
Les baignoires donnant des moulages parfaits
Et des chambres avaient pour trésor le silence
Dans l’ambre des cloisons et des jets d’eau
Attendaient le signal de la grâce.

Paul ELUARD  – Le Livre ouvert

 LES EXCELLENTS MOMENTS, à Francis Poulenc

De velours et d’orange la maison sensée
D’argent détruit de cuir de planches
La maison accueillante
Quatre murs pleins de grâce et gravés à l’aiguille
Ouvrant leurs yeux visionnaires
Sous le front du plafond
Plantes et fleurs toutes à l’heure et gorgées d’air
De sève et de graines ardentes
La seule route de la force
Passe par notre repos
Sous la mousse du ciel notre toit nous accorde
Des mots légers des rires d’ambre
Et le chant d’un grand feu rêveur
Mûrit entre nos paupières.